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 A la ciguë de nos baisers

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MessageSujet: A la ciguë de nos baisers   Mar 17 Mai - 0:39
L
'encéphale est une merveille de nécropole. Où le passé est inhumé, les scènes d'antan niellées sur les tombes en belles versifications. Où les souvenirs sont des gerbes de fleurs sur les caveaux, ornements colorés ou vestiges fanés. Où les sentiments sont des mânes, coincés entre deux dimensions, bohémiens dilacérés dont une main effleure l'éden, l'autre les géhennes. L'ossuaire d'une vie qui ne fait que croître, qui enfante ces démons traqueurs qui tourmentent. Ces spectres, il les sent lui licher l'épine dorsale, il les sent le cribler de surins empoisonnés, et des plaies suppure une ichor mêlée de venin qui le brûle au quotidien. C'est la corruption qui teinte la peau, c'est aussi les affects noircis, viciés par la différence qui se marque et la réminiscence que rien ne sera plus jamais comme avant. La flammèche vindicative est devenue brasier, tout devient combustible à cette haine qu'il sait s'épanouir, qu'il farde habilement au revers de ses risettes et facéties. Mais les ténèbres sont là, et ce n'est pas lui qui y plonge, ce sont elles qui l'étreignent comme un fils bâtard. Il aimerait vociférer qu'Eire a tort, que la guerre n'est pas la solution, que l'obscurité n'est point la panacée, et pourtant... c'est seulement depuis qu'il y a été encellulé, qu'il constate ce qu'est réellement la lumière. Décomposée au prisme de son altération, elle est loin d'être suave, elle est loin d'être salvatrice, contrairement à ce que tous les feys semblent penser. Aveugler par leur nitescence. Portés aux nues par des convictions surannées. Ils sont les fantoches de souverains incompétents, pour la plupart, inconscients d'être les bouffons de leur propre théâtre. En prendre conscience, a quelque chose de rassurant... un onguent igné dont l'immuable douleur tient éveillé, un mal pour un bien, comme des oeillères violemment arrachées. Peut-être qu'elle aussi, comprendrait, s'il l'y conviait. Peut-être que dans cette perdition sempiternelle, elle trouverait un bonheur inespéré. La chaleur des bras d'Ezekiël, la ferveur des baisers de Cassidan. C'est tout ce qu'il lui faut pour que son myocarde trépide, pour qu'il palpite d'une passion nouvelle.

Il ne sait plus. Il ignore, en fait, si c'est elle qui a besoin de lui, ou lui qui a besoin d'elle. C'est un appel de l'instinct, déclenché par sa bonimenteuse maîtresse qui bondit sur toute opportunité. Pas entièrement convaincu, mais inspiré par une hardie envie d'y croire, il s'en vient poser les bases de leur abjecte mascarade. Dans les nuances d'une nuit noire, il pourfend les airs, précautionneux, discret tel un rapace en chasse. Une fois à l'orée du port, c'est dans une encoignure excentrée qu'il se pose, au plus proche de l'arrière cour. Ses paupières se plissent, il guette alentours pour s'assurer que tous les hôtes ronflent dans la moelle de leur alcôve, puis il s'avance. Il grime son apparence de traits humains, fait disparaître ses attributs animales sans crainte d'être réellement confondu avec l'un de ces éphémères – son glamour parlera pour lui, et c'est là tout ce qui le taraude. Plus encore que ce siècle de mutisme, c'est sans nul soupçon sa quintessence gangrenée qu'elle soulèvera et qui se greffera au choc des retrouvailles. A la fois il se languit, et à la fois il appréhende, et c'est pour ne pas la traumatiser de son nouvel aspect diapré d'écarlate qu'il préfère s'exhiber transformé, dans un premier temps qui ne durera pas.

A pas feutrés, il se positionne devant la fenêtre ouverte, celle qui, aisément, donne sur la chambre assoupie de la propriétaire des lieux. Il déglutit, le gosier aride, mais l'univers le connaît mutin et sémillant, c'est cela dont il doit faire montre. Sans avoir besoin de vérifier quelconque présence – car elle est là, il en est certain – il pose une rotule au sol. Pénétrer tel un bélître en maraude lui coûterait assurément quelques torgnoles, l'on ne viole pas le havre d'une dragonne aussi impunément, il le sait d'expérience. Dans sa fantaisie romanesque et truculente, l'aigle a tissé un plan autrement plus ingénieux, dont le butin sera plus une caresse qu'une calotte. De lui, Erin connaît tout, et c'est au nectar de son phonème conteur qu'il l'attirera dans les mailles d'un filet sur mesure.

« À fleur de peau, je voudrais ressentir. Le grain de ton sable chaud, sur ce corps d’ambre en devenir. » La voix de rogomme, pourtant satinée, s'élève suffisamment pour courtiser les tympans de la légendaire créature, aussi ultime représentante de son espèce. « Écumer le sel qui s’embrume, de ta bouche, une goutte de rosée sur ma peau, une larme d’étincelle qui me touche, elle remonte dans mon esprit en radeau. » Chaque syllabe de distiller le charme, le sincère éréthisme avec lequel il a jadis crée ces proses, pour elle. Seulement pour Elle. « À fleur de peau, je voudrais reconnaître, la sensibilité de ta pénombre derrière l’opacité de ta fenêtre. Inhaler l’épice qui transpire en ton parfum, une lampée de miel qui m’esbroufe... » Il entend les draps qui se froissent, il entend que l'on s'extirpe de la couche pour se traîner, probablement penaud, jusqu'à l'alvéole de laquelle provient la psaume. De sa contenance il ne perd rien, de sa superbe non plus, prêt à accueillir la vénusté même tout juste glanée aux songes, de son amie si enchanteresse. « Un zeste d’imagination qui m’atteint, flèche dans l’âme, flammèche dans un esprit qui s’essouffle. » Le galbe s'esquisse de l'autre côté du chambranle, elle est là. Dès lors que ses prunelles hyalines s'offrent la vision d'Erin, la joie, ineffable, lui tire un sourire. « À fleur de peau, je voudrais revenir à la nature de nos rêves exquis, face à un océan qui illuminerait notre avenir. Terrasser le démon qui s’agrippe à notre histoire, une sorte de magie noire, un poison aérien, une maladie qui s’accrocherait à notre mémoire. Pour pouvoir réécrire la triste solitude qu’elle dessine en mon chemin. »

Entre ses phalanges tendues, une fleur à la corolle vive, offrande sur l'autel de leur amitié pantelante mais pas occise. Cent ans sans l'encre d'une nouvelle, eux qui s'écrivaient tant, eux qui défiaient la distance. Si infime en comparaison à leur éternité, mais il a la sensation que cela fait plusieurs existences qu'il ne l'a plus contemplée. Cependant, à l'envolée de son ivresse s'agriche la pesanteur de l'affliction, la triste véracité qu'il sent lui mangeotter le cœur, celle d'être un drow. « T'as vu... » Ses yeux raclent le par terre, malgré lui entaché par la honte, qu'il s'efforce de dissimuler sous un trait d'esprit. « J'ai l'art et la manière de réapparaître avec classe, hein... »
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MOTHER DRAGON ∭ La Dragonne Aesienne, elle vous couve comme ses oeufs sur la CB.

Erin K. Mac Fiachaidh

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› L'ARRIVEE A ELLAN VANNIN : 04/04/2016
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MessageSujet: Re: A la ciguë de nos baisers   Mer 18 Mai - 2:45
à la ciguë de nos baisers.
ft. Athran Aeducan & Erin K. Mac Fiachaidh.

Des proses d’un autre temps vinrent tirer la bête immortelle de son sommeil. Comme souvent, elle ne dormait que d’une oreille, attentive aux sirènes du monde. Dans l’attente, dans la crainte, dans le fol espoir. Pour autant, ce sont des prunelles assombries par les cauchemars que dévoilèrent ses paupières ; les révélations de ces derniers jours semblaient avoir creusé des meurtrissures sous son regard de bronze, terni par la vérité qui avait alourdit son âme. Si elle avait su ce que Danu lui réservait, elle ne se serait jamais abandonnée à l’amour – elle n’aurait jamais laissé les chants enchanteurs capturer son cœur, la clouer au sol alors qu’elle était faite pour côtoyer le Soleil et la Lune, pour être leur égale. Pour autant, la trahison demeurait inconcevable. De ses propres yeux elle avait contemplé l’impensable, forcée d’avaler l’abjecte pilule, laquelle avait laissé une amertume sur son palais délicat. Une impression de pourriture, qui se propageait depuis l’entrevue avec le mal incarné. Son futur n’était-il condamné qu’à voir ses êtres chers périr ou être corrompus ? Elle avait cru apercevoir une lueur au travers des ténèbres, mais l’on s’était joué d’elle. Et désormais, la dragonne avait assez d’être lacérée de toute part. Elle désirait reprendre son envol, s’arracher à cette terre empoisonnée. Prétendre que rien ne pouvait plus l’atteindre. S’inventer un avenir plus radieux, fusse-t-il ourlé de mensonges et cousu dans un fantasme.

Fodhla cligna des yeux, s’arrachant à la torpeur qui alourdissait ses membres. Quelque part dans le brouillard de son éveil, elle perçu de nouveau les paroles. Anciennes. Musicales. Envoûtantes. Tel le parler sibyllin d’un sortilège, les vers lui insufflèrent un désir. Faisant fi du tissu qui lui collait à la peau, trahissant la fournaise de cette journée lumineuse, elle marcha lentement en direction de l’ensorceleur. Son pas lent et mesuré dénotait avec son souffle irrégulier. Elle appréhendait le fantôme qu’elle allait découvrir à sa fenêtre, sa psyché la berçant de souvenirs et de craintes mêlés. Le poète romantique arrivait à la fin de sa déclamation, sa voix grave modulant chaque syllabe avec maîtrise et puissance. Un frisson fit trembler la bête charmée, qui persistait à avancer alors même que ses tripes se tordaient. Ce fut la Lune qui l’accueillit en premier, illuminant son derme écailleux de mille et un reflets nacrés. Dénudée et pourtant vêtue, elle se présentait sous l’apparence que la Déesse-Mère lui avait offert sans l’appréhension du jugement qui suivrait. Courbant l’échine pour apprécier la caresse de l’astre nocturne, elle en savoura l’étreinte délicate, ainsi que le sentiment de purification qui en découlait. Si le Soleil brûlait, la Lune apaisait. Cela avait toujours été ainsi. La boule de flammes éternelles ne supportait aucun rival pour l’affection de sa compagne immaculée, cependant nul défi n’était insurmontable pour la Kith. Sauvage, elle avait tant de fois frôlé l’immolation que la peur s’était muée en amusement. Et depuis, elle s’était complu dans un marivaudage à sens unique pour la Dame Blanche. Mais cela faisait bien longtemps qu’elle n’avait été apte à lui rendre justice.

Sa crinière d’or pâlie par l’argent se déversant à flots, elle fit glisser ses griffes d’onyx sur le bord de la fenêtre pour s’y pencher. Enfin, ses prunelles dévisagèrent l’aède coupable. Elle prit appui contre le chambranle, coulant sa silhouette à peine couverte d’un fin tissu blanc, croisant les bras sur sa poitrine pour le détailler. Il arborait un visage mortel, taillé à la serpe, usé par les ans. Une certaine majesté demeurait dans le profil aquilin, un reste d’une lignée prodigieuse que la magie ne pouvait totalement faire disparaître. Subjuguée par l’apparition, elle ne nota pas immédiatement la perturbation qui viciait le Glamour. Elle le dévorait littéralement des yeux, s’enivrant de la vision qu’il lui offrait. Un écho du passé, dénué de douleur ou de déception. Plus pour très longtemps, toutefois. Le surin était bien là, dissimulé sous un sourire maladroit. Acéré, impardonnable.

« T'as vu... J'ai l'art et la manière de réapparaître avec classe, hein... » Elle pencha davantage la tête sur le côté, laissant mèches et ombres envahir ses traits fins. Même ainsi dévoré, son rictus demeurait visible. Elle se pencha au travers de la fenêtre, et tendit subitement le bras pour lui flanquer une rouste sévère à l’arrière du crâne. « T’as vu ? J’ai l’art et la manière de te sermonner avec classe même quand tu m’as laissée dans un silence totalement irrespectueux pendant plus d’un siècle. » Pourtant, aucun orage colérique n’avait couvert ses prunelles d’or. Elle aurait été en droit de lui en vouloir, mais elle avait passé trop de temps à être en colère. Si elle laissait ce sentiment grandir encore, elle craignait de ne jamais parvenir à le faire taire. Et de relâcher sur le monde un fléau qu’il avait oublié. « Crétin de ménestrel. Imbécile. Lâche. » Elle n’avait pas le don des proses, néanmoins le message était sûrement passé. Elle se recula à nouveau, s’effaçant pour lui octroyer un droit de passage. « Tu comptes rester longtemps là ? Je t’ai connu plus prompt à te faufiler chez les dames que ce soir. »

Puis, finalement, le poète se décida à enjamber l’obstacle pour se glisser dans l’intimité de sa chambre. Sous leurs formes respectives, elle était plus grande et plus impressionnante. Cependant, c’est avec une tendresse toute particulière qu’elle effleura la courbe de son menton.

« Ne laisse pas un autre siècle me priver de ton art, Ezekiël. J’ai bien trop perdu pour être punie de cette façon. Je… » Et c’est là qu’elle fut frappée par la vérité. L’instant se cristallisa, se brisa. Elle retira sa main, une ombre passant sur son visage et faisant se flétrir son sourire. « Ezekiël… ? »

Par Danu, que se passait-il sur cette damnée île ? Le cœur au bord des lèvres, elle sentit la déliquescence qui émanait de son vieil ami et manqua de faire un pas en arrière. Elle avait déjà ressenti cette corruption, à peine une poignée de jours plus tôt. Ses tourments n’avaient donc aucune fin.

 



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MessageSujet: Re: A la ciguë de nos baisers   Ven 20 Mai - 15:51
A
me suprasensible qui distille son miel en prosodie, en blandices affectueuses vouées à laisser son estampille. Son sceau d'insolence doucereuse, il le brode au fil d'or ou le marque au fer rouge, qu'importe, tant que l'on se remémore qu'Ezekiël est un pasquin qui s'adore, un bouffon sans roi. Il sait ce qui conquit la dragonne autant que ce qui la courrouce, elle est l'un des premiers opuscules féminins dont il a fait lecture, l'un des premiers qui a sustenté ses dogmes séducteurs au gré des hardiesses, des bévues et des franches marrades. Qu'importe la sapide offrande qu'il noue à ses pieds, il suspecte qu'il aura tout de même droit à un baptême de ses claques – au moins une, question de formalité. Lui aussi aurait été exsangue d'anxiété s'il n'avait subitement plus rien su d'elle. Ou pas. Peut-être n'est-ce qu'une énième conviction benoîte, une de plus, sculptée à la serpe de ces beaux jours d'antan qui n'ont plus lieu d'être. Car à bien y songer, il s'est bel et bien rongé tous les sangs la concernant, lorsque la funeste nouvelle du trépas de ses enfants a trouvé sentier jusqu'à ses oreilles, et pourtant... force est de constater qu'il ne s'est pas mû pour autant. Foutre cervelle qu'il aimerait essoucher de sa boite crânienne. Un vœu qui manque soudain de se faire exaucer dès lors que, furibonde, la paluche de la dame lui éclate quelques synapses. La symphonie résonne dans la caboche pantoise et le rapace de râler pour la forme plus que pour le fond. A l'instar d'un chiard en faute, il fait moue d'une vexation exagérée. « T'aurais au moins pu me frapper au sommet, là où j'ai des ch'veux pour amortir. J'te rappelle que j'suis chauve des côtés. » La tirade a cela de baroque qu'elle est aussi inopinée qu'improbable, un pur fruit nourri à la verve du bellâtre.

Il endure chaque coup de semonce avec une attention somme toute ambivalente, car à la première injure, son esprit s'est assoupi à se dire qu'Erin est particulièrement attrayante quand la colère l'enivre. Tant et si bien dissipé que l'orage cède d'ores et déjà la place à l'accalmie, ramenant le quidam sur une croûte terrestre sur laquelle il se redresse. « Moiii ?! Oh, comme si c'était mon genre d'épier ces dames !... Plus depuis que je suis trop grand pour passer dans leur armoire. » Ou le paradoxe du gentilhomme aux frasques de lovelace. Avoir la marotte versatile lui octroie de surprendre à chaque acte, c'est que nul n'est apte à prévoir s'il se fagotera du caban de sigisbée ou de celui de coquin.
Ainsi convié, il enjambe pour s'introduire dans l'antre, tourne de la prunelle pour contempler le textile d'opale qui ornemente les cambrures voluptueuses plus qu'il ne les cache. Il toise avec la nitescence de l'entiché des femmes, mais de cette volute de stupre il ne fait rien de plus, par respect, par égard envers celle qu'il courtise seulement pour le beau parler. Elle s'en vient fugacement s'amuser de la toison qui pare sa mâchoire, le temps d'une caresse. Le temps que les remugles de la véracité ne brise le cristal des apparences. Cette vérité qui mutile le minois poupin aussi bien que le faciès hirsute, l'appréhension horrifiée d'un côté, l'abnégation désoeuvrée de l'autre. Quand bien même cela fait-il partie intégrante du plan, l'exercice n'en est pas plus appréciable. Qu'une habitude à prendre. Un sinistre tour de main, pour brandir l'héraldique des Drows comme il a naguère fait ostentation de celui des Feys. Rien que les syllabes éthérées de son prénom originel le lui rappellent, cette superbe moribonde, cette identité putrescente qui lui surine le poitrail. « Erin... » Les bronches dégueulent un profond soupir, et il s'éloigne d'au moins trois coudées.

L'exosquelette illusoire choit en paillettes mortifères, l'adonis gagne en charpente, en hauteur et en éminence mystique. Le derme se mue en soie sauvage aux couleurs de trésor, le zinzolin crible l'azur hyalin des calots et dans le râble s'épanouisse deux ailes immenses. Le pennage était autrefois celui d'un séraphin, d'un blanc virginal que le vermeil a défloré. Le rouge sanguinolent du démon a tout ou presque conquis des appendices angéliques à la lactescence délavée, une mouvance de ceux-ci font se décrocher une plume qui volette jusqu'à l'apsara, et de sa teinte luciférienne, elle la nargue jusqu'à rendre l'âme à ses pieds. Les paupières, aussi, qui s'étaient tirées telles des persiennes aurifères se rouvrent. Aux entours des iris modifiés, ce ne sont que constellations érubescentes, elles donnent l'innommable impression que tous les vaisseaux oculaires se sont rompus. Possédé, qu'il apparaît, par une corruption issue des limbes et qui n'a de déférence que pour le pourpre des veines.

Le bougre se sangle au gosier, ne dit mot tandis que la dragonne mesure la vénusté déliquescente du changement. S'il lui a été ardu de s'y faire, il n'ose imaginer ceux qui l'ont jadis coudoyé. Unique avantage à cela : il lui épargnera les céphalées d'une prolixité explicative. « Non pas que ça, ça pardonne un siècle de mutisme, mais ça l'allègue un tant soit peu. Le rouge n'a jamais été ma couleur, et j'avais peur, tu sais... qu'un défaut de style, ça fasse jaser. » Ezekiël s'étrangle d'un ricanement qui n'inspire rien d'hilarant. A jamais incompétent à différencier les moments où badiner et ceux où le sérieux est un sceptre régalien, à quoi bon faire suinter le nectar lacrymal d'un œil déjà rubicond de fatalité ? N'en suppurerait probablement qu'un ruisseau de toxines, de toute façon. « Je t'avoue que c'est pas pratique pour bronzer, je crois que je deviens un peu plus hâve à chaque fois que la lune me miroite ses faisceaux. Mais, je suis nyctalope, maintenant. Ca aurait été pratique à l'époque où je me planquais dans les armoires pour épier, nan ? » Il renâcle, se frotte la paupière avec la sensation d'un sable d'obsidienne lancinant. « Mais sinon, ça va hein. Ca va... » Une risette, une mélancolie torpide entre les feux de la révolte. Ca ne va pas, mais...

Ca ira.
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Erin K. Mac Fiachaidh

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MessageSujet: Re: A la ciguë de nos baisers   Mer 25 Mai - 1:28
à la ciguë de nos baisers.
ft. Athran Aeducan & Erin K. Mac Fiachaidh.

Les paroles de l’Aigle la ramenaient à des époques cent fois révolues, des vestiges d’un passé heureux et dénué de toute corruption se dessinant en filigrane sous ses prunelles. Fodhla n’avait qu’à clore les paupières pour sentir la chaleur d’un Soleil fictif réchauffer ses longues ailes d’écailles et de cuir, elle n’avait qu’à humer à pleins poumons pour se retrouver avec le parfum de Tethor et celui de ses enfants. Elle n’avait qu’à tendre l’oreille pour percevoir la voix musicale de Banba. Elle n’avait qu’à effleurer la broussaille envahissant les joues du Kith pour se souvenir de sa folle jeunesse et de sa cour maladroite. Mais il avait suffi d’une acuité un peu trop perçante, d’un afflux dans le Glamour souillé d’Ezekiël pour la ramener brutalement à l’instant présent. Résigné, il souffla son prénom – celui de sa nouvelle vie – comme une excuse à demi-consommée, et recula de plusieurs pas. Le vide se flouta autour de sa haute silhouette, l’étirant vers le haut, faisant pousser des ailes immenses dans son dos, teintant son corps des marquages inhérents à sa race. Elle contempla la transformation avec cette horreur mêlée de stupeur, une partie d’elle jalousant toujours les plumes dont il s’ornait. Ses prunelles aux lueurs solaires dévorèrent le spectacle, s’arrêtant aux endroits cramoisis comme si elle craignait de n’être contaminée à son tour. Involontairement, elle s’entoura de ses bras pour se réconforter, geste trahissant le malaise qu’elle ressentait à se trouver face à un Drow… ou plutôt, face à un ami qui s’était fourvoyé, perdu de façon irrémédiable.

A nouveau l’aède improvisa quelques traits d’humour qui ne trompèrent pas la dragonne. Elle l’écouta avec attention, son regard toujours rivé sur la charpente aux couleurs sanguines. Qu’aurait-elle pu répondre à ses saillies maladroites ? Qu’elle le plaignait ? Qu’elle aurait aimé faire quelque chose pour lui, alléger sa peine ? Elle avait vu ce que la maladie des Vampires avait fait à son Grand Amour, qui savait quelle influence cela aurait-il sur le lovelace déphasé ? Son trouble persistait et s’intensifiait à chaque instant qu’il passait près d’elle. Pour autant, Fotla fit un geste irréfléchi. S’avançant d’un pas, puis de deux, elle caressa du bout de l’index une plume trempée dans le sang, son autre main finissant par se porter à nouveau sur la mâchoire hirsute. Elle resta là quelques secondes, qui s’étirèrent en minutes songeuses, son regard fouillant l’azur pour y trouver une réponse à ses questions. Mais le voile qui obscurcissait l’âme immortelle du Fey lui dérobait toute vérité. Alors, lentement, elle se recula, son visage s’abaissant vers le sol en un soupir dévasté.

« Toi aussi. » Qu’elle murmura indistinctement pendant que ses pas la portaient plus loin, dérobant ses traits perturbés aux iris inquisiteurs du rapace. « Qu’est-ce qui t’a poussé à revenir, Ezekiël ? Pourquoi te présenter à moi après un siècle d’absence ? Je ne peux rien pour toi. Personne ne peut t’apporter de remède à ce mal. » Ses poings se serrèrent, en souvenir de la visite du Sinistre corrompu. « Personne ne peut plus rien pour vous. » Les mots lui arrachèrent les lèvres, mais ils étaient porteurs d’une véracité acide. Elle tentait de se détacher du tumulte d’émotions qu’il faisait naître en elle, sachant pertinemment que se raccrocher au passé qu’ils partageaient ne serait que festoyer d’illusions nocives. Mieux valait prendre de la distance. C’était la décision la plus logique à faire. La plus dénuée de sentiments. « Tu ferais mieux de t’en aller, Ezekiël. » Ou quel que soit ton nom à présent. « Retrouver les tiens, rester avec eux. Avant que les Unseelies et les Seelies ne vous prennent en chasse, ce qui ne manquera pas d’arriver un jour ou l’autre. »

C’était ce qu’elle aurait fait, si les récents événements n’avaient pas précipité les nouvelles têtes couronnées à chercher un responsable. Après tout, les Fomoires et les Vampires étaient responsables de la mise en danger d’Ellan Vannin. Que ce soit dans un an ou dans un millénaire, ils devraient répondre de leurs actes. La guerre appelait la guerre. Ses tripes lui hurlaient déjà de carboniser les ailes de sang de l’Aigle, et seule sa mémoire pressait son cœur de sentiments contradictoires. L’espoir était fou, démesuré, impossible. L’affection qu’elle lui portait demeurait bien présente, douloureuse, étouffante presque. Mais le malaise provoqué par sa corruption la rendait presque nauséeuse. C’était comme avec Tethor, sauf que nul Grand Amour n’atténuait le mal qui émanait du chasseur ailé. Elle tenta par conséquent de chasser l’aède impudent, raffermissant sa voix, murant sa tristesse sous un mur impassible pendant qu’elle se retournait pour lui faire face.

« Va-t’en, Fenharel. »

C’était un ordre plus qu’une demande. Et pourtant… Pourtant. Dès lors qu’il esquissa un geste vers la fenêtre, vers les ténèbres, elle sut qu’elle ne parviendrait pas à le laisser partir. Ses griffes percèrent ses paumes, délivrant le sang qui vrombissait jusque dans ses oreilles, propulsés par ses artères et agrémenté d’adrénaline. Son pouls battait trop vite pour feindre le calme hautain. Il glissait sa silhouette en travers de l’ouverture lorsqu’elle hoqueta, prise de remords. Ezekiël n’était pas Tethor. Il ne l’avait pas trahie, pas de la même façon. Elle ne pouvait pas le traiter comme un ersatz de son époux, lui inculper les mêmes torts.

« Attends. Comment est-ce arrivé ? »

L’avait-il choisie, cette vie de carmin et de soif permanente ? N’avait-il été qu’une victime supplémentaire de l’appétit vorace des Vampires ? Elle guetta sa réponse, tout son corps tendu dans sa direction, son regard brillant de plus belle. Les pépites dorées le criblaient de questions muettes, de suppliques informulées, d’excuses sincères. Sa réponse pourrait lui octroyer l’asile qu’il recherchait. Le passage vers Fodhla, au travers de leur passif et de son amour pour lui. Le moyen pour la corrompre, pour lui vendre l’utopie d’une vie dénuée de peine. A cet instant, sans même le savoir, la dragonne venait d’ouvrir la porte de la bergerie au loup. Mais lequel des deux serait le plus féroce ?

 



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MessageSujet: Re: A la ciguë de nos baisers   Sam 28 Mai - 1:34
C
'est tout le combustible de son anxiété, les brandons rougeoyants de l'éclipse sciemment levée sur son existence, ou l'efflorescence de cette innommable épouvante qui balafre le regard dragon. C'est pour ne pas être le misérable agriché à cette oeillade qu'il s'est si longuement embusqué dans la nébulosité de ce monde, son nouveau panache, il le conçoit, au grenat d'un crépuscule métaphorique, fait ombrage à tout ce que l'on connaissait de lui. Dissident des premières heures, le suave indocile des mœurs d'origine est pourtant un entiché de ceux qui ont jadis accompagné ses foulées pouponnes. Que de cela on ne le défie point, il sait aimer et aime ces intimes faciès qui ont façonné le fey d'hier... mais aussi le drow d'aujourd'hui. Et l'amour, avant tout, est une notion propre à l'individu, qui se conjugue tout aussi parfaitement avec prospérité que tribulation. La néréide est une poupée de chiffon que trop accoutumée à ce dogme des sentiments, ses tissus de chair et de myocarde stigmatisés par les forfaitures de ces sieurs censés la préserver. Il comprend la fatigue irascible, il imagine ce faix d'affres qu'elle traîne sur son chemin de croix depuis ce siècle dernier, et dans les bas-fonds de son être, regrette de constituer une charge supplémentaire. Toutefois, l'on ne se leste pas d'Ezekiël sans son arroi pittoresque, à savoir, tout son art d'ébaubir et d'ébranler.

Derechef, la carne des doigts prend mesure du réel, du tangible duvet écarlate et de son barbaresque contraire de la barbe. N'en suppure cependant plus le velouté des retrouvailles. C'est l'apophtegme de Saint Thomas qui s'ébauche, « toucher et voir pour croire », évincer la culpabilité des chimères de nos songes et des spectres de nos cauchemars. Tenter de ne pas s'ensevelir sous un mirage, à défaut de ne pas s'envaser dans un tourment. Alors elle quête, forant l'immatériel que fleure la prunelle pour trouver et se lover dans cet éden perdu que miroitait le nocker folâtre. Dans le lie-de-vin que suggère l'iris, moribonds sont les tisons de l'immortelle luminescence, un âtre éteint duquel s'échappent les arabesques fuligineuses de la Fin. Se creuse ensuite la distance, et il devine aisément que la trame est sur le point de se pendre aux noirs augures que l'aigle a brodés avant de se présenter. Il tend son oreille, et n'a guère besoin de feindre l'expression pantoise qui étrécit ses pupilles à l'éclat courroucé qu'exhibe la sylphide. Etonnement dont il fait bon usage pour occulter son savoir du cas de Tethor, ce sur quoi il ne s'épancherait qu'en temps voulu. Pour l'heure, il gratte l'arrondi de son crâne, posture indécise, qui se fend d'une commotion aphone lorsqu'on lui indique la petite porte. « Hein ? » Qu'il hoquette presque, non pas meurtri par le fait d'être excommunié, mais par celui d'être mis au rebut par Elle. L'enclume de l'invective lui choit dessus, le laisse penaud et pantelant d'une désillusion algide. Les lippes suturées, il esquisse un pas vers l'arrière avant même qu'elle ne lui tonne de s'en retourner au paupérisme de son sort. Son patronyme feulé, si rarement prononcé, suffit au moins à l'extirper de son inertie lancinante. Il détourne une oeillade secrète, ésotérique dans sa pigmentation. « Je vois... »

Les ruines des idées soufflées par le soufre draconique le gardent de songer plus profondément, de la cendre sous les paupières et entre les dents, il s'éloigne en direction des persiennes. Les serres n'ont qu'à peine l'opportunité de rencontrer le bois du chambranle qu'elle s'enquiert, finalement. L'esthète fait volte-face, s'émaille d'une large risette incrédule qui gerbe un rire au cristal satirique. « Tu t'intéresses à la façon dont s'est arrivé plutôt qu'aux répercussions ? J'en suis touché. Putain. » Caustique comme la blandice de l'aquilon, verdeur en bout de bec et inculpation dans les globes oculaires. Il la jauge, la juge et la crucifie à sa superbe connerie. « C'est vrai que j'ai eu l'air de me pavaner comme le Haut-Roi en arrivant, avec mon beau plumage érubescent et mes yeux en hémorragie. Ah ça, j'en ai de la gueule, un beau sire tellement enorgueilli qu'il a fait le mort pendant cent ans plutôt que de faire montre de sa nouvelle parure de rubis. T'es encore plus futée que dans mes souvenirs, dis-moi. » Un ricanement étranglé fait disparaître ses appendices de vol, trop encombrantes pour s'exfiltrer par la fenêtre – et, surtout, héraldique de son opprobre. Il renâcle, se flanque de cette allure de chiard insolent qui le rend exécrable. Et Erin qui le connaît, sait qu'il hisse ce pavillon dans les circonstances peu abondantes lors desquelles il est sincèrement mortifié. « Avant, j'étais le gentil neutre un peu rétif à qui l'on demandait bien des services, et maintenant, alors que j'ai exactement le même statut mais que je n'ai plus votre très chère lumière, je schlingue le fagot ? Je vais t'dire... »

Il avance, s'enracine devant la vénusté nacrée de son interlocutrice qu'il darde de son spontanéisme. « C'est exactement pour ça que j'ai toujours méprisé les Feys. Seelies, Unseelies, pour moi vous êtes tous les mêmes, en fin de compte. Votre élitisme, vous pouvez vous le foutre au cul, j'en pense pas moins depuis que j'ai renoncé à ma famille et à mon héritage. » Dans les fêlures qui diaprent le poète, l'on distingue l'ostrogoth. Les deux s'arment de franchise, que seule la préciosité différencie. « J'avais fait de quelques-uns des exceptions, comme toi. En fait, je n'avais cure de celui ou celle que j'avais en face de moi, tant qu'on daignait me foutre la paix. J'ai fait que pérégriner depuis que j'ai refusé d'être le laquais des Cours, voyager sans personne m'a toujours plu, mais depuis que je suis comme « ça »... c'est la première fois que je me sens seul. » Et Danu en témoigne, indépendance et solitude sont des faux pareils qui se dédaignent. Se l'entendre dire écorche l'oiseau à vif, et pour illustrer le malaise et l'affliction que se bâfrent de lui aussi sûrement que Tantale étant enfin parvenu à la conclusion de son supplice, il reprend. « Quand vous vous êtes tous réfugiés sur Ellan Vannin, non mécontents d'avoir une niche dans laquelle vous cacher, où crois-tu que j'étais ? » Si la rancoeur et la peine chatoient, elles sont voilées par la placidité apparente. Le trahit la voix qui chevrote, félonne vocale qui en narre énormément sur la blessure encore ouverte et putrescente. « Je n'ai pas été convié, tu vois... on a fait de moi une livre de chair pour des humains furibards, on m'a abandonné, là-bas, avec « les miens ». Et j'y serais toujours sans l'intervention des vampires. Cocasse, non? C'est à eux que je dois ma déchéance, et c'est grâce à eux que je suis sur cette île. »

Il opine d'une négation qui secoue son crin, présente son échine à la dragonne, criblé de souffrance et résigné par sa propre faconde. « Pfah. J'en ai assez. T'as visiblement pas envie de comprendre, n'y même d'essayer, mon monologue ne sert qu'à rouvrir mes plaies. J'aurais aimé que la mort me fauche ce jour-là, je n'aurais pas eu à te voir faire de moi le dernier des misérables, après toute une éternité à se côtoyer. Je vais donc la faire courte pour terminer : oui, être un drow commence à me plaire. Ca m'a arraché mes orbières, et dans la pénombre, on voit en fait beaucoup mieux qu'en pleine lueur. » Ezekiël enjambe le rebord, pour au final y poser séant. Assis, à demi dehors à demi dedans, il donne corps au choix qui s'impose ainsi à la flavescente. Le congédier, à jamais et sans retour, ou passer outre cette flétrissure de laquelle il est martyr, et non pas bourreau. « Et si je suis revenu, c'est parce que je t'aime. » Ainsi poinçonne la péroraison, le sacre de cette logorrhée percutante. Il ne parle guère de l'éréthisme des âmes sœurs, il n'aime point de la même ferveur que Tethor, tous deux savent. L'aigle n'a simplement jamais eu la pudicité des affects, bien au contraire, il les magnifie volontiers et préfère les chanter que de les taire.
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Erin K. Mac Fiachaidh

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MessageSujet: Re: A la ciguë de nos baisers   Sam 28 Mai - 4:53
à la ciguë de nos baisers.
ft. Athran Aeducan & Erin K. Mac Fiachaidh.

La brutalité avec laquelle Fenharel lui refit face, l’écume aux lèvres et le regard brûlant, la laissa pantoise. Ils étaient bien peu à se permettre une telle familiarité avec la dragonne ; crainte de représailles, respect authentique, quoi qu’il en soit, tous savaient où se trouvaient les fameuses limites. Celles qui départageaient la Fey de la Bête, celles qui les protégeaient d’une sauvagerie sanglante. Les frontières de la bienséance, de la retenue. Dès qu’il osa les piétiner, le regard de Fodhla changea radicalement. L’or calme de ses prunelles se fit ersatz d’un Soleil miniature et sa bouche se réduisit à un fin liseré pâle. Derechef, elle enfonça ses griffes dans ses paumes, faisant fi de la douleur. Au contraire, elle se focalisa dessus, sachant que c’était là le seul moyen pour elle de ne pas perdre le peu de sang-froid qu’il lui restait. Insensible au funambulisme dont elle souffrait, l’aède persista dans sa démarche colérique, lui crachant au visage tout ce qu’il pensait de son ancien peuple, probablement un condensé de termes qu’il se refusait à prononcer depuis longtemps. Pourtant, lorsqu’il fit preuve d’un sarcasme déplacé en l’insultant à demi-mots, elle feula pour le prévenir de ne pas aller plus loin. Elle admettait volontiers qu’elle n’avait pas fait preuve de compassion, néanmoins cela ne lui éviterait pas une correction bien méritée s’il continuait dans cette lancée. Pour autant, ce fut là le seul frémissement d’animosité qu’elle s’autorisa, bien trop consciente du mal qu’il tentait d’exorciser assez abruptement. Les mâchoires serrées, fort, si fort qu’elle s’attendait à tout moment sentir ses dents se briser, elle le fixa avec une froideur crépitante.

« Avant, j'étais le gentil neutre un peu rétif à qui l'on demandait bien des services, et maintenant, alors que j'ai exactement le même statut mais que je n'ai plus votre très chère lumière, je schlingue le fagot ? Je vais t'dire... » « Ce n’est pas- » « C'est exactement pour ça que j'ai toujours méprisé les Feys. Seelies, Unseelies, pour moi vous êtes tous les mêmes, en fin de compte. Votre élitisme, vous pouvez vous le foutre au cul, j'en pense pas moins depuis que j'ai renoncé à ma famille et à mon héritage. »

Cette fois, le vacillement fut violent et elle détourna le regard pour tenter de s’apaiser. Il ne lui laissait guère l’occasion de s’exprimer, crachant son fiel plus fort et plus rapidement à chaque fois. Et sa rage alimentait celle de la dragonne. En-dedans du brasier dévorant, néanmoins, subsistait la connaissance : il souffrait. Il ne faisait finalement que dissimuler cela derrière un éréthisme qu’elle avait du mal à avaler. Seule l’affection qu’elle lui portait encore avait évité à Ezekiël d’être expulsé. S’il évoquait entre deux rugissements les déboires dont il avait été victime, il n’en démordait pas moins de sa récente haine du genre féérique. Lorsqu’il mentionna l’exclusion des Vampires et des Drows d’Ellan Vannin, Fotla, arrogante, haussa les épaules. Ce n’était pas elle qui avait décidé de cela, et quand bien même elle l’avait supporté ce choix. Ceux portant la corruption en leur sein n’étaient pas les bienvenus sur les terres de Danu… et il fallait être naïf pour penser un seul instant qu’ils auraient tous la retenue – façon de parler, vu les fustigations de l’Aigle – d’Athran. Les deux extrêmes ne s’abhorraient pas pour de futiles raisons. C’était dans leur essence même. C’était inscrit depuis des millénaires, et rien ne pouvait changer cela. Secouant doucement la tête, elle le suivit du regard alors qu’il se retirait finalement après une diatribe acide. Ses prunelles lui dévorèrent le dos pendant qu’il semblait hésiter.

« Et si je suis revenu, c'est parce que je t'aime. »

Ezekiël oscilla sur son perchoir. Il lui donnait un choix. Il espérait qu’elle ferait le bon… Cependant, seul le silence et le froid firent écho à sa demande. Puis, s’étirant à travers les limbes, vint un soupir déchirant. Sans desserrer les poings – elle n’osait pas contempler les dégâts de ses griffes, même si elle sentait les gouttes se suspendre telles des stalactites érubescentes au bout de ses phalanges – elle baissa légèrement le menton en évacuant la pression qui était montée durant le monologue brutal de l’aède.

« Tu as terminé ta crise d’adolescent buté ? » Dit-elle en relevant la tête, d’une voix étrangement basse, rauque. « Lequel de nous deux refuse de comprendre, hein ? » Lentement, ses doigts s’étirèrent pour libérer les crevasses sanguinolentes. Déjà, les blessures commençaient à se refermer, mais le sang s’était amplement déversé. « Tu étais absent, dois-je te le rappeler ? Que sais-tu de moi à présent ? Que sais-tu des épreuves que j’ai dû traverser ? Tu es devenu Drow, la belle affaire. » Un rictus tordit ses lèvres. « Tu n’es pas le seul. » La révélation sortit soudainement, à peine entamée par un moment d’accalmie. En quelques enjambées, elle fut sur lui, le saisissant par le col, résistant à l’envie d’entourer sa gorge de ses mains griffues. « Tu n’as aucun droit de t’adresser à moi de la sorte, Ezekiël ! Aucun ! Tu ne sais pas ! Tu ne sais pas… » Elle plissa les yeux. Il avait eu son moment de gloire, elle s’arrogeait le sien. Tremblante de colère et d’une peine trop longtemps refoulés, elle le secoua une fois, fermement. « Mes enfants, ma sœur, mon mari. J’ai TOUT perdu ! Tu te sens seul ? J’ai été abandonnée ! Et lorsque je croyais retrouver Tethor, sais-tu ce que j’ai découvert ? » Elle le lâcha soudainement, ses dextres englouties par un feu incontrôlable ; l’esprit de la Bête prenait le pas sur celui de l’épouse, de la mère, de la femme. « Il est devenu comme toi ! Et si vil, si corrompu soit-il, il reste mon époux. L’homme que j’ai aimé, l’homme qui m’a donné trois enfants. » Elle joignit les mains pour tenter de contenir les flammes. « L’homme qui m’a abandonnée à leur mort, l’homme qui n’a pas donné un seul signe de vie depuis. Tu ne crois pas que j’ai tenté de comprendre, Ezekiël ? » Et quelque part dans l’or de ses prunelles, un voile humide lui brouilla la vision, atténuant le brasier avide de ses mains. « Tu ne crois pas que j’aurais aimé comprendre ? »

Insensible aux dernières braises, elle se passa une main sur le visage. La colère refluait, laissant place à une intense lassitude. Elle en avait assez de hurler et de tempêter. Elle n’avait plus la force de prétendre que tout allait s’arranger… et paradoxalement, elle savait que cela ne pouvait qu’aller mieux. Après de telles épreuves, que pouvait-il advenir de pire ? Elle avait été jetée jusqu’au fond, il ne lui restait plus qu’à remonter. S’éloignant de quelques pas, elle secoua à nouveau la tête, laissant sa crinière se répandre sur son visage pour dissimuler son désarroi.

« Mais je ne préfère encore rester seule que de devenir comme ça. As-tu seulement conscience de ce que tu provoques en moi, par ta simple présence ? C’est comme si chaque fibre de mon corps voulait que tu disparaisses, ou que j’abrège tes souffrances. Pourtant… » Elle se laissa choir sur le rebord de son lit défait, riva ses prunelles dorées sur ses paumes cramoisies. Fodhla semblait avoir vieilli de plusieurs décennies en quelques minutes, ses traits cireux et ses cernes plus creusées témoignant de son désastre intérieur. « Je ne le ferais pas. Je ne le veux pas. Parce que j’ai besoin de toi, malgré tout. Ta présence m’a manqué. Tout comme je ne peux tenir Tethor à l’écart de ma vie, je ne peux t’en chasser. Je le ferais peut-être un jour, mais pas ce soir. » Ses épaules s’affaissèrent sensiblement. « Je suis trop fatiguée pour me battre, Ezekiël. » Et son regard de chercher le visage de l’aède, un dernier froncement de sourcil assombrissant l’océan de ses yeux. « Si tu oses encore une fois de me parler sur ce ton, par contre, je n’hésiterais pas à te rappeler pourquoi les dragons étaient craints de tous. Est-ce bien clair, gamin ? »

Elle n'allait pas lui dire qu'elle l'aimait. Fodhla était Fey d'actions, non pas de paroles. Et en dépit de son simulacre de bravade pour clore le débat, elle savait qu'il lirait sans peine entre les lignes. Elle venait de lui tendre la main, inconsciente de l'agenda vicié que l'Aigle s'était fixé, espérant qu'il reviendrait auprès d'elle. Parce qu'elle préférait souffrir de sa présence que de son absence. Au moins pour un temps. Lorsqu'elle serait sevrée, cependant, seule Danu aurait connaissance de ce qu'il adviendrait de leur amitié. Leur relation avait une date de péremption. Mais pas pour ce soir. Ce soir appartenait encore au passé. Ce soir était le leur.

 



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MessageSujet: Re: A la ciguë de nos baisers   Mar 7 Juin - 1:28
L
e goitre a cramé, il brûle encore de la sève sanguine qui n'altère pas que l'exosquelette. Ce n'est pas tant la faconde – somme toute usuelle chez le pasquin – qui lui laisse une haleine ignée, mais bien tout cet idiome dolent qu'il a enfin mollardé. C'est une chose d'en ergoter avec les autres viciés, c'en est une autre de vagir à la trogne de l'un de ces patriciens dont on fait la diatribe. Non pas que l'aigle ne se soit jamais flanqué de pareille irrévérence au devant des principaux intéressés, mais rare est cette lave en fusion que son gosier glatit, à ce point que le basalte désormais condensé aux entours de son myocarde empêche l'ichor de pulser à l'encéphale. Convenablement irrigué, il se serait remémoré qu'il ne faut jamais -ô grand jamais ! - se faire tison du souffle d'un dragon. Mais parce que l'ancienne impératrice de l'Empyrée n'est pas la seule susceptible de s'embraser, il n'a pas songé, lampant toute la lie de cet infâme picrate auquel il a octroyé le temps de se putréfier. Elle est l'auteure de ses propres plaies et de la sanie qui y cristallise maintenant, à l'instant t, lui, s'interroge, se rosse de cette hérétique candeur qui l'a mystifié jusqu'à ce paroxysme d'espérer que rien ne changerait. Il aurait imploré, depuis toutes les berges de son être, pour qu'elle époussette ces corpuscules fuligineuses conglutinés à sa carne d'un battement de cils. Pour qu'elle exorcise cet ectoplasme enténébré, rende genèse à la nitescence ayant pris congé. Quelque part, c'est naufragé, tentant de s'extirper des déferlantes de l'infortune, qu'il s'est présenté. Ce qu'il a pensé constituer un étoc auquel s'agriffer n'est qu'une hydre, qu'il vient d'étêter à la lame de son lingual. Le mythe est formel, double crâne et tout autant de mandibules s'apprêtent à clabauder une écume qu'il n'aura certainement pas volée.

L'indigence de son olfaction ne le garde guère de humer les effluves hématiques, preuve s'il en faut que le roussi doit se sentir jusque dans les alcôves des convives. Ses prunelles, en revanche, affilées à sa génétique animale, distinguent jusqu'au magma pigmentaire des iris qui s'ensoleillent. Par-delà la perdition des affects fustigés, le spectacle est d'une splendeur indicible. Les torchères sont pareilles à cet astre diurne dont il déplore les blandices. Mais si feu il souhaite courtiser, alors brasier sera son amant de sorgue.
Doucereuse, sirupeuse tel un nectar ambré dont on abuserait, la flamme née et chaloupe sus les yeux du fantasque cavalier. Son réquisitoire est en effet achevé, nonobstant les cendres encore sur le palais, il sangle subito son instinct philosophe à son râble avant qu'il ne s'escampe derechef. Le tourment point comme la flèche que l'on décoche, il a tout juste le loisir de se cuirasser avant que tout ce qui demeure du véritable Ezekiël ne soit occis dans l'élan de la sylphide. Il sent qu'on le happe, quand bien même a t-il vu la menace fondre sur sa carcasse comme lui le fait avec son gibier, il ne se meut pas. Tout juste clos t-il les paupières un instant, succinct, pour exhumer tout son vouloir et ne pas craquer – encore. Puisqu'il a eu droit à sa loquèle purgative, c'est au tour de la nymphe. Contenance soudainement aboulique, il se laisse emboutir par consonnes et syllabes, chacune, épine que l'on enfonce dans une fibre nerveuse. Il ne targue mot quand elle saboule, quitte à ce que le piètre fruit de sa boîte crânienne ne s'évade et choit, tel le gland qu'il est. Ô, elle fait élégie d'affres dont il sait déjà tout, qui a arraché au rustaud sa rosée chagrine et désolée au matin où il a appris. Les hardes libérées mais informes, hâve d'une souffrance sourde et lancinante, il contemple, feint une beauté infrangible qui sera poussière dès lors qu'il sera loin de ces tréteaux-ci. Si la cinglante se complaît à poudrer les fraîches ulcérations d'une affreuseté saline – masquée qu'elle se trouve être par les orbières de sa quintessence – au glas d'une tirade résonne un adverbe qui augure une variation. La muse s'écroule, lestée de sa croix, sur sa couche. En secret, le reître nielle la magnificence de cette affliction dans son esprit, artiste morbide qui se bâfrera de son insalubrité à sa prochaine narcose. En attendant, il lisse le textile de pauvre facture de son col d'une paume raboteuse, abandonnant ses phalanges à la surface du pectoral gauche et cataphracte charnelle du cœur qui bat. Qui palpite, un peu plus.

Les cervicales obliquent, portent le faciès sur le côté dans un essor inquisiteur. Elle abdique là à son opiniâtreté meurtrie. Une seconde, puis deux, il se demande si c'est une aurore sincère qui sourd dans leur firmament orageux. Il glane son réconfort à l'oeillade qui le crible, et surtout, à l'objurgation émaciée mais intelligible qui parachève. Ezekiël d'ébaucher un ersatz de sourire, quinaud, quoi que constellé d'ecchymoses indécelables. Il chaloupe des épaules, se pique la pulpe de l'index sur la spinule de la fleur qu'il tient depuis les prémices. « Je serais pas un chiard digne de ce nom si j'avais pas besoin d'être remis à ma place, de temps en temps. Et puis, c'est ta faute, j'ai grandi lové contre tes écailles... pour moi, les dragons sont des peluches qui font de la lumière avec leurs yeux. » Il raille, tend et dandine de la croupe proche des ratiches de l'auguste reptile – telle serait l'illustration que l'on pourrait en faire. Rire un peu benoît, il s'ingère dans la brèche ouverte à l'instar d'un germe infectieux qui, de ses galéjades, détournera l'attention de la gangrène qui s'installe. Fotla lui a fait mal, quoi qu'il en dégoise. Pour la première fois de leur éternité.

Dans les faits rasséréné, il approche de la bête, se pose à côté de celle-ci en toute modestie. Voilà qu'il se grime d'une allure pusillanime, il ressemble à s'y méprendre à un nubile paré à dépuceler ses lèvres à celle d'une demoiselle. Il s'amuse du duvet parfumé d'un pétale, avant que ses calots ne se redressent, et qu'il lui tende la fleur qu'il lui remet enfin. Ne perle qu'un furtif moment une fois que l'oréade s'en est saisie, puis, la paluche crochue va choyer la flavescente cataracte jusqu'à glisser, caresser – abuser des cambrures rachidiennes au voilage sensuel. Dans une autre existence, elle aurait été son desideratum de mâle. « Tu m'as manquée aussi. Tes vitupérations avec. » De cela il ne donne pas le change. Le kith de la couver et de la couvrir d'un regard tendre, à la dissemblance chagrine. Son pouce cajole la courbe de la hanche opposée, puis il l'attire contre lui, l'encellule dans une étreinte intrépide. Le visage enfoui dans le crin blondin, ses bronches se gondolent et le rapace se fait ivre de sa fragrance. A la suite d'un mutisme consenti, lui de soupirer. « Je ne suis pas Tethor. » Pour l'opportunité, il est pire engeance que le Sinistre. Il ne chérit toutefois pas la perspective qu'elle puisse les associer, surtout, qu'elle lui impute sciemment ou non les abjectes forfaitures du quidam. « Je suis navré pour tout ce qui t'est arrivé, Fotla. Tellement navré, si tu savais... » A l'expression de ses intègres condoléances, pour ce passif mis au sépulcre, ne s'ensuit pas de fanfreluche, car moins ils en parleront en détails, moins la dragonne sera à même de dissocier le véridique de l'artifice. Et si cela doit se produire, le rhéteur qu'est l'écumeur a foi en son acuité. « Danu m'en soit témoin, je ne suis pas là pour te faire encore plus de tort. Au contraire, j'ai fait vœu de t'aider, et ce, depuis la première fois où je me suis agrippé à ton aile. » Il rit suavement. « Je n'ai jamais cessé de penser à toi, jamais. J'ai pensé que mes aubades te changeraient les idées. Qu'elles me changeraient les idées à moi aussi... » Il sourcille, enracine ses orbes zinzolines à ses bottes. « Tu es la seule à qui je me sois montré... » Volontairement, entend-il, fioriture tacite qui lui permet de ne pas s'étrangler d'un mensonge.
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MessageSujet: Re: A la ciguë de nos baisers   Ven 10 Juin - 4:17
à la ciguë de nos baisers.
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L’épuisement fit se tarir la colère et finalement les épaules s’affaissèrent. Assommée par cette colère brute qu’elle avait trop longtemps retenue, Fodhla laissa la gravité reprendre ses droits. Tout comme elle avait été privée de ses ailes, elle se retrouvait cantonnée à une terre qui ne voulait pas d’elle et dont elle ne voulait plus rien avoir affaire avec. L’amertume sur sa langue n’était pas seulement liée aux pertes subies, elle était née d’un désespoir plus profond encore. Une partie d’elle haïssait Danu pour ce qu’elle lui avait fait subir, ou pour avoir laissé le Destin lui infliger telle souffrance. Que la Déesse-Mère eut été instigatrice, voire simple témoin, elle n’en restait pas moins partiellement coupable. Néanmoins la dragonne gardait ses états d’âme pour elle, ne souhaitant finalement pas outrer davantage la déité silencieuse. Elle ne savait que trop bien à quel point un aîné pouvait châtier par manque de considération. Elle avait été sur le point de réapprendre à l’Aigle l’humilité, avant de se rendre compte qu’il avait – non pas raison, elle n’était pas humble à ce point – mais peut-être ses raisons d’éprouver autant de colère. Cela ne rendait pas la pilule plus facile à ingérer, tout au plus la mascarade moins grossière. Pourtant lorsqu’elle l’enjoignit à rester, la supplique fut sincère et émouvante. Un appel auquel il ne put finalement résister, dépliant sa grande carcasse pour se traîner jusqu’à la bête blessée qu’elle était. Par la vie, par la mort, par les mots.

Et dans le ton faussement badin de l’aède, elle décelait la peine qu’elle lui avait sciemment causé. Le menton rivé à la poitrine, les dents mâchonnant sa lèvre inférieure, Fodhla se sentait à la fois coupable et miséreuse. Innocente et victorieuse. Devant ses paroles, toutefois, elle remua la tête en signe de dénégation.

« Tu as passé l’âge de te faire passer pour un chiard, tu sais. Ce n’est de toute façon pas la meilleure approche pour un suborneur tel que toi, Zeke. » Les corolles de la fleur, toujours pas effleurée par la Fey, ravissaient son regard penaud. « Tu as oublié la partie où ces dragons crachaient du feu et boulottaient des troupeaux entiers. » Elle tendit lentement la main pour récupérer l’offrande, geste incertain et fragile. « Merci… »

D’être resté. D’avoir consenti à apaiser son mal, même sous le couvert d’un mensonge par omission. Le secret ne sera pas éventé ce soir, elle est à des lieux d’imaginer la traîtrise qu’il fomente ; lentement, la dextre du Drow se perd dans la rivière d’or, finissant par glisser sur sa hanche avant de l’attirer un peu trop abruptement contre son torse. Elle frémit mais ne bouge pas. Si être enveloppée par une aura nocive lui brûle le museau, elle n’en est pas moins apaisée par la chaleur familière et le souffle sur sa nuque. Enivrée par le parfum, charmée par le battement d’un cœur, la bête souffla doucement. Sa confession lui parvint à travers le linceul blond, déchirant sa psyché un peu plus. Elle serra la mâchoire pour empêcher sa volonté de céder, de dévoiler davantage sa faiblesse. Ce n’était pas dans sa nature d’être aussi vulnérable, chose qu’il lui était aisé d’oublier dans l’étreinte de son protégé ailé… Protégé, seulement ? Il était devenu mûr, tout du moins en apparence, il n’avait plus grand-chose du gamin qu’elle avait vu grandir. De sa main libre, elle agrippa sa manche, laissant sa tête reposer dans le creux de son épaule.

« Je ne suis pas Tethor. » « Je sais. » La réponse fut laborieuse. « Je suis navré pour tout ce qui t'est arrivé, Fotla. Tellement navré, si tu savais... » Cette fois-ci, dans un désir égoïste d’épargner sa gorge brûlée par sa verve enragée, elle se contenta de se serrer davantage contre le félon. Il n’y a pas que le mot qui finit par lui manquer. Protégée des regards, elle se sentit libre d’exprimer la peine qui la taraudait depuis sa dernière entrevue avec le Sinistre vicié. Sous les paupières, un orage se préparait, qu’elle luttait pour contenir. « C’est un vœu périlleux que voilà… » murmura-t-elle entre deux inspirations, bercée par les confidences du messager ailé et envoûtée par son fiel mielleux.

Avare en détails, mais pas en compliments, l’aède lui susurra une nouvelle fois son affection. En d’autres temps, peut-être auraient-ils partagé autre chose qu’une connexion familiale. Peut-être aurait-il pu se montrer digne de l’amour de la dragonne, mais elle ne pouvait le couver autrement que d’un regard tendre. Il avait été comme un fils si longtemps que l’image lui collait encore à la peau, en dépit de la barbe qui dévorait ses joues. Fodhla leva sa main libre, l’autre toujours soigneusement enroulée autour de la fleur capiteuse, pour appuyer son pouce contre une pommette tranchante.

« Ezekiël… comment en sommes-nous arrivés là ? Aurait-il fallu que nous disparaissions des siècles plus tôt, pour laisser la place aux Hommes ? Sommes-nous de ces espèces vouées à l’extinction, qui se battent férocement pour un sursis inutile ? » Aurait-elle dû mourir sur ce champ de bataille, en même temps que sa progéniture ? Cela aurait sûrement épargné à Tethor la trop lourde tâche de supporter sa douleur. Peut-être cela lui aurait-il également évité d’emprunter ce chemin tortueux… Chaque centimètre de sa peau qui entrait en contact avec celle de l’immortel contaminé décuplait sa répulsion, néanmoins elle ne se serait éloignée pour rien au monde. Ses prunelles perdirent un peu de leur luminosité, se floutant au profit d’un brouillard mordoré. « J’aurais aimé te faire meilleur accueil, mais c’est au-dessus de mes forces… J’aurais voulu ne pas te perdre, toi aussi. »

Sa dangereuse proximité avec l’Aigle carmin lui paraissait plus naturelle que leur dispute, malgré l’irritation de son contact corrompu. Il était un souvenir cristallisé d’un passé révolu. A jamais éteint. Perdu, lui aussi. Son menton s’abaissa légèrement, laissant son front effleurer la joue drue de l’aède, alors qu’elle luttait plus fort pour retenir ses larmes. Un Dragon ne pleurait pas. Mais elle n’était plus qu’une moitié de dragon depuis trop longtemps. Une ombre qui se nourrissait d’illusions.

 



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MessageSujet: Re: A la ciguë de nos baisers   Lun 20 Juin - 16:03
D
e mémoire de fey, il n'a pas réminiscence d'avoir déjà vu la néréide drapée de pareil désenchantement. Parmi les tissus palpitants de la créature, pulse l'affliction, une pléiade d'affres auxquels elle a survécu, bon gré mal gré. Parangon de noblesse et d'une volonté irréfragable, elle a toujours été un idéal que les vicissitudes n'excorient pas – et pourtant. Danu, que les temps changent, que les apparences sont mystificatrices. C'est de joliettes couronnes qu'ils se ceignent le crâne, aux pétales lactescents des corolles de ciguës, ô divines toxines de belle allure. Quel cœur, ci-présent, est donc le plus gondolé du venin pernicieux glané aux lippes hâves du destin ? C'est qu'il se le demande. Un binôme de bêtes meurtries, voilà ce qu'ils sont, léchant la sanie de leurs plaies avant qu'elles ne se putréfient. C'est d'un soupir élégiaque dont ce déleste le bellâtre, au vœu périlleux que l'on souligne. Ses souhaits ont toujours été candides, garrottés à un passif qui lui échappe. Des hauts faits de jadis qu'il regrette, auxquels il ne croit parfois pas, tel un incrédule goguenard face aux légendes d'autrefois. Elle a beau dire, il reste et demeure ce chiard pyrrhonien bien embusqué sous sa toison d'homme, son chagrin syndrome de Peter Pan. Les paupières se ferment lorsque caresse la patte, depuis l'angle de sa mandibule se propage un frémissement, une chaude sensation comme la blandice d'un sirocco. Les voyelles de son prénom originel l'écorchent, puis il écoute, ces tirades qui se confondent à s'y méprendre avec un requiem. Lui aussi, il est vrai, s'est posé la question. A qui bon ? C'est l'instinct, sûrement. L'intuition barbare de tout être, que de tenter d'échapper quelque souricière létifère que ce soit. Cette même ambition intrinsèque et primitive qui a fait naître l'effervescence des humains, et cette soudaine guerre dont ils ont infligé tout à chacun. Quant à admettre qu'il leur faut céder place, Ezekiël n'est guère apôtre de ce défaitisme. A son œil vif, et par-delà les préconceptions raciales, il prône que tous jouissent du même droit de vivre. Tous, parmi les éphémères, les individus luminescents et ceux enténébrés. Idéologie ingénue d'un quidam aux mœurs et humeurs simples, une fois n'est pas coutume.

« Ils ont peut-être besoin qu'on se mette à pisser partout pour délimiter les territoires, qui sait. Ce sont des drôles, ces mortels. » Conclusion ficelée depuis belle lurette. En dépit de ses dogmes, lui aussi, doit-il concéder, exprime un certain dédain pour cette espèce moins précaire qu'elle en a l'air. Plus encore depuis que ses représentants se sont essayés à le dépecer, du temps où les druides avaient jugé opportun de faire des drows et vampires des boucs émissaires. Au moins s'avèrent-ils aussi déterminés que des limiers inépuisables, cela, l'on ne peut le leur retirer. « Les Humains nous combattent par peur et incompréhension. Les Feys s'entre-déchirent par peur et incompréhension. Farde le tout d'une haine inventée et bien entretenue, et tu as mis le doigt sur le fléau de ce monde. »
Et les versifications de s'entrelacer en aspirations imparfaites, que le sort semble avoir éviscérées nonobstant les doux affects. Le conditionnel avec lequel la dragonne se saigne les gencives laisse son interlocuteur gourd, il est épuisé, au bout de ses forces quant à tenter de rendre cette répudiation intelligible et sensée. Assez de maux pour aujourd'hui, par pitié.

Dans le poitrail fait écho un rire suave, rauque, depuis les fondements de son goitre. Il abdique sans opprobre, élude ce pugilat des mots qui les enlise dans de vaines cataplexies. « Viens là » Le jouvenceau se meut plus à l'intérieur de la couche. Il s'y allonge, plaquant l'arrière de sa tête au chevet du lit, un peu à l'image d'une sentinelle prête à ne dormir que d'un œil. Il convie la sylphide dans son mouvement, de façon à ce qu'elle s'alite également tout proche de lui, contre lui, ou même sur lui, selon ses désirs. Quoi qu'il en soit, il referme sur elle l'égide de ses bras, et à la prolixité usuelle, préfère le mutisme olympien. Ensemble, ils se damnent dans l'éden d'une accalmie ataraxique, qu'ils savent chimérique, mais tant lénifiante. A l'opium de leur étreinte, là où ils occultent un instant leurs disparités, c'est sous une voie lactée de beaux songes qu'ils s'assoupissent.

Toujours à demi-éveillé au gré des heures, c'est celle d'une coercition inhérente à sa malédiction qui sonne finalement. Les prunelles obvient lentement en direction de la croisée restée ouverte, où la sorgue se pondère de nuances plus claires – l'augure matutinal. L'espace d'une seconde, le rapace hésite à ne pas quitter son havre illusoire, quitte à en faire sa sépulture. Mourir des merveilleux faisceaux du soleil, pour pouvoir le contempler une dernière fois, quel meilleur sacrifice à la vénusté du monde ? Mais le fantasme s'éteint aussi vite qu'il fut engendré, lorsque gigote la vénus dans ses bras. « Je dois y aller. » Que le prince susurre, comme pour ne point brusquer sa conscience. Il redépose le sceau d'un baiser sur la tempe irisée, puis précautionneusement, se défait de leur délicate jonction. Ses pas grognent contre le plancher, jusqu'à la fenêtre à travers laquelle il exécute un gracieux bond, et une fois de l'autre côté, il se retourne pour mieux s'accouder au rebord où il se penche. Il s'interroge quant à la conjecture de Fotla ayant deviné le motif de son départ, mais ne se risque pas à enquêter. En revanche, depuis sa position encore engloutie par l'obscurité, la réflexion de la lumière révèle ce « tapis clair » propre aux créatures nocturnes et aux animaux dans les calots de l'aigle. Ceux-là luisent telles deux lucioles, rappelant à l'unseelie les propos du drow quant à sa récente nyctalopie née de la corruption, et lui offrant, malgré lui, des allures d'incube tapi dans l'ombre. « Je peux revenir, si tu veux. » Contraste la tendresse du phonème. « Te rendre visite, j'entends. Je te laisserai tout le temps nécessaire pour t'habituer à mon nouveau moi, mais j'aimerais que nous soyons aussi proches qu'avant. Que l'on essaie, au moins. Aucun de mes sentiments n'a changé, et je compte lutter pour te le prouver. » Il sourit, héraut, malgré les heurts, d'une espérance galvanisante. « Par contre, si tu pouvais me faire une faveur... fais de nos retrouvailles un secret. Cela m'a exigé beaucoup d'efforts pour me dévoiler à toi, j'ai moi aussi besoin de temps avant de me montrer plus explicitement. Si je pouvais ne pas traumatiser le reste de mes proches d'un coup d'un seul, ça m'arrangerait, tu comprends... Qui plus est, c'est à moi de le leur apprendre, il s'agit de mon fardeau. »
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A la ciguë de nos baisers

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